Pourparlers de
paix rwando-congolais
Le 27 juin 2025, lors de la signature de l'Accord de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo pour mettre fin à trente années d'hostilités guerrières, le président américain Donald John Trump Sr a reçu au bureau ovale les deux plus hauts représentants et signataires de deux pays en conflit. À savoir : Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, Ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo et M. Olivier Nduhungirehe, Ministre des Affaires étrangères du Rwanda.
Vers une
sortie de crise obligée…
Accord de paix ou
Deal pour l’exploitation des minerais stratégiques ?
‘‘Il n’y a
jamais eu de bonne guerre ni de mauvaise paix.’’ Benjamin Franklin
Par Joël Asher Lévy-Cohen
La République démocratique du Congo a littéralement
connu dans sa portion orientale une véritable ‘‘guerre d’extermination’’ de sa population. Naturellement télécommandée
par bien des Transnationales occidentales, d’extraction purement anglo-saxonne,
pour le contrôle exclusif des matières premières très hautement stratégiques,
cette conflagration armée dont les motivations profondes sont essentiellement
économiques et financières, a emporté sur le terrain des hostilités plus de
douze millions d’âmes innocentes. Ce chiffre complètement ahurissant, dépassant
tout entendement, est pratiquement l’équivalent de la population du Royaume de
Belgique. Aussi renvoie-t-il à la taille démographique de la population
haïtienne. C’est dire sans mâcher ses propres mots que l’on est bel et bien en
face d’une entreprise macabre de type génocidaire[i].
Après trente ans d’instabilité chronique et, surtout, de
violence inouïe ayant emporté tous les fondamentaux d’un État souverain et
indépendant, les régions orphelines de l’Est de la République démocratique du
Congo se préparent à connaître finalement la paix. Elles se préparent à vivre
dorénavant le silence des armes et l’interruption indéfinie des bruits de
bottes. Elles se préparent à reprendre le cours normal de la vie après avoir
enregistré la perte tout autant inestimable qu’irrécupérable de plus de douze
millions d’individus manifestement sacrifiés sur l’autel de puissants intérêts
mercantilistes.
Toutefois, pourquoi cette paix, d’ailleurs, inenvisageable
il y a quelques années, arrive-t-elle maintenant ? Pourquoi cette accalmie
maintes fois renvoyée aux calendes grecques par les tireurs de ficelle, très souvent tapis dans l’ombre, se
dessine-t-elle aujourd’hui en République démocratique du Congo ? Pourquoi le
silence des armes et la discrétion des bottes dans les provinces de l’Est de
cet immense et richissime pays de l’Afrique centrale et la région des Grands
Lacs africains deviennent-ils effectivement un mot d’ordre devant être respecté
par tous les acteurs et protagonistes de cette crise ultra-meurtrière ?
Il importe de constater que cette paix tant chantée
par ses thuriféraires, tant vantée par ses promoteurs, arrive à marche forcée et,
surtout, à grands pas au moment où l’Occident chrétien voit toute son hégémonie
légendaire se fondre, s’éroder à travers le monde. Celle-ci arrive, normalement,
à vive allure au moment où le Saint-Empire Romain dont l’illustre marchepied est, bien entendu, l’Alliance Atlantique, a
littéralement perdu l’essentiel de son pouvoir politique et économique, la maîtrise
de son influence militaire et stratégique dans moult zones géographiques. Pourtant,
en raison de leur localisation, de leur histoire, de leurs cultures et de leurs
traditions, celles-ci lui étaient traditionnellement acquises voire même soumises.
À savoir : l’Afrique, l’Asie,
l’Amérique latine, l’Europe, le Proche-Orient ou le Moyen-Orient[ii].
Il convient de souligner que le processus de paix au
profit des régions meurtries de l’Est de la République démocratique du Congo
s’est véritablement amorcé dès lors que ce pays a pris l’initiative d’ester en
justice les principaux ‘‘receleurs’’
des minerais[iii]
provenant tout droit de cette partie doublement instable et victime du projet
des Multinationales. Ce processus de paix s’est finalement accéléré dès lors
que la République démocratique du Congo a sollicité l’intervention militaire des
États de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) dont elle
est effectivement membre. Or, cette organisation régionale est réellement sous
la coupole de l’Afrique du Sud qui est, par essence, un pays membre à part
entière des BRICS[iv]. Il
s’agit, donc, là d’un ensemble de pays qui oriente la vision et le discours
multipolaire du fameux Sud global afin de servir à tout prix de contrepoids géopolitique
à l’hégémonie occidentale et à la démarche unipolaire des États-Unis.
Par conséquent, en promouvant la paix dans l’Est de la
République démocratique du Congo, Washington cherche, plutôt, à arracher cet
État de l’influence directe de l’Afrique du Sud dont maintes troupes sont
directement engagées dans le théâtre des opérations militaires aux côtés des
forces armées congolaises. Cela est d’autant plus vrai que dans le cadre de la
SADC, la République démocratique du Congo n’a pratiquement pas recouvré
l’entièreté de son intégrité territoriale manifestement mise à mal par des
factions armées soutenues logistiquement et techniquement par le Rwanda voisin.
À savoir : ‘‘le M23 et l’Alliance Fleuve Congo (AFC)’’.
Il y a lieu de mentionner que, malgré l’apport solide
des États de la SADC, la République démocratique du Congo a même perdu des
provinces entières[v] et
des villes importantes au profit de ces deux forces précitées et qualifiées par
les autorités gouvernementales de terroristes. Ce qui est sûr et certain, la
chute militaire de ces entités publiques n’est guère liée à l’impuissance des
forces armées provenant de la SADC sur le terrain des hostilités. Ce phénomène devenu
pratiquement récurrent sur le front armé est, plutôt, attribuable à la trahison
coutumière des officiers supérieurs congolais et à la vulnérabilité d’une armée
soi-disant nationale, totalement paralysée par une chaîne de commandement
défectueuse et complètement rongée par une foultitude d’infiltrations
extérieures[vi].
En d’autres termes, dans sa stratégie de paix, Washington
vise à extirper la République démocratique du Congo de l’influence des BRICS
par-devers l’Afrique du Sud[vii].
Dans le même temps, en investissant directement dans la paix dans l’Est de cet
État africain dans la mesure où les entreprises américaines sont réellement
comptables de la tragédie subie horriblement par les Congolais, le pays de
l’Oncle Sam cherche effectivement à compenser la perte nette et claire des
ressources stratégiques ukrainiennes désormais entre les seules et uniques mains
de la Fédération de Russie.
Par ailleurs, l’accélération du processus de paix
rwando-congolais sous les bons auspices des États-Unis est, certes, dictée par
une double considération politique et diplomatique. Celle-ci est propre à un
contexte sous-régional, d’ailleurs, très largement dominé par une présence
chinoise imposante sur le plan économique et social, d’une part. Et, d’autre
part, elle est reliée au contexte plus particulièrement et plus singulièrement
interne à la RDC dont la population est réellement révoltée contre l’Occident.
En effet, sur le plan sous-régional, les minerais critiques
ou terres rares extraits de zones de conflit situées dans l’Est de la
République démocratique du Congo et militairement contrôlées par les forces du
M23 et de l’AFC transitent directement par le Rwanda. Ce pays limitrophe les
écoule immédiatement sur le marché chinois en pleine ébullition. Après leur transformation,
l’Empire du Milieu les revend à prix d’or à différents intérêts économiques
occidentaux. C’est ce mécanisme de dépendance occidentale à l’industrie
chinoise que Washington cherche pratiquement à démanteler. En effet, le M23
dont la principale mission sécuritaire fut d’expulser manu militari les
intérêts industriels chinois dans cette partie vitale et stratégique de la RDC à
l’époque régnante de l’administration démocrate[viii]
est, plutôt, devenu au fil des ans leur protecteur patenté. En outre, ce bras
armé est, à en croire des sources
crédibles, donc dignes de bonne foi, devenu un acteur clé dans la
contrebande des matières premières congolaises dont l’or et le diamant[ix],
et ce à partir du port kenyan de Mombassa.
Sans compter que la République populaire de Chine a
très nettement et très clairement renforcé sa coopération économique avec
Kigali. Cette perspective est très mal vue par le pays de l’Oncle Sam. En effet,
la plus grande préoccupation de Washington dans la région des Grands Lacs
africains est l’imposante présence chinoise dont la concurrence constitue une
crainte absolue dans les domaines politique et économique autant que
stratégique et militaire. C’est une inquiétude majeure dans la mesure où
l’Empire du Milieu s’est avéré une puissance redoutable capable de contester le
‘‘Nouvel Ordre Mondial’’ déterminé
par l’Aigle US et d’imposer, à sa manière, la reconfiguration complète de la
planète en termes d’alliance stratégique.
Sur le plan strictement congolais, Washington cherche
incontestablement à caresser dans le sens du poil et, surtout, à amadouer une
population congolaise doublement remontée en raison de son soutien stratégique
au Rwanda dans le cadre du pillage de ses ressources minérales précieuses et de
l’exportation d’un conflit armé ravageur des provinces de l’Est de la RDC. En
effet, cette conflagration armée meurtrière qui est l’œuvre incontestable des
entreprises anglo-saxonnes, a décimé plus de douze millions d’âmes sans pour
autant que les États-Unis manifestent leur compassion à l’égard des victimes et
interpellent de manière ferme les principaux commanditaires et leurs hommes de
main. Dans la crainte de voir effectivement la population congolaise basculer
forcément et logiquement dans le camp progressiste de la Fédération de Russie
‘‘putinienne’’,
d’ailleurs, très ouvertement et très largement réclamée par de nombreux peuples
d’Afrique[x],
Washington a préféré éteindre très rapidement un feu ardent qu’il a lui-même
contribué à nourrir injustement depuis plus de trente ans.
Il ne fait absolument aucun doute que ce processus de
paix tant attendu par le peuple congolais qui a terriblement soif de paix et de
sécurité, excessivement faim de dignité et de justice, de développement
économique et de progrès social, ouvre indubitablement de nouvelles
perspectives sur le terrain. Entre autres la stabilité régionale, la
coopération et l’intégration régionale, le respect scrupuleux de la
souveraineté internationale des États. Celui-ci ouvre, d’ailleurs, royalement
un immense boulevard à la négociation en matière d’exploitation des ressources autant
minérales et naturelles que stratégiques et précieuses de la RDC, – [Ce qui constitue, à vrai dire, la seconde
étape et, surtout, la plus sérieuse, donc la plus importante]. Par
conséquent, l’engagement ferme des États-Unis dans ce dossier délicat en tant
que véritable sponsor de ce conflit armé ayant abouti à l’agression physique de
la souveraineté internationale de la République démocratique du Congo suffit-il
à garantir définitivement, indiscutablement la paix et la sécurité ?
Ce fameux processus de paix qui suscite autant
d’espoir que de détermination de tourner définitivement une des pages les plus
sombres de l’histoire de l’Afrique contemporaine et post-indépendante, dissuade-t-il,
réellement, la rapacité de certains États accoutumés depuis des lustres à vivre
impunément des produits de recel ou produits de contrebande ? Dissuade-t-il
fermement des États mercenaires vivant perpétuellement du chaos et de
l’anarchie engendrés chez leurs voisins immédiats dans le dessein de garantir
doublement leur stabilité et leur hégémonie sous-régionale ? Dissuade-t-il
fermement des dirigeants pour qui la signature d’un document n’a de sens que
lorsqu’elle sauvegarde les intérêts de leur régime moribond et garantit contre
vents et marées leur maintien définitif au pouvoir ?
Ce qui est clair, signer un accord est une chose. Le
respecter intégralement est une autre paire de manche. En vérité, c’est de son
application intégrale que dépend forcément et logiquement la bonne volonté des
signataires, et en corollaire sa solidité ou sa viabilité.
Ce fameux processus de paix fait explicitement cas des
déplacés internes. Tout comme il fait cas des réfugiés installés dans un pays
limitrophe ou stationnés de part et d’autre sous la protection juridique de
l’Organisation des Nations unies (ONU). À cet effet, il exhorte les acteurs au
conflit à prendre opportunément toutes mesures idoines en vue d’assurer
paisiblement le retour dans leur milieu d’origine ainsi que leur intégration
sociale. Ce qui est une initiative fort louable. Cependant, celui-ci ne fait
aucune mention des dizaines de millions de morts broyés par ce conflit armé meurtrier
sur le territoire de la République démocratique du Congo. Pour quelles raisons
?
Joël Asher Lévy-Cohen
Journaliste
indépendant
www.joelasherlevycohen.centerblog.net
www.joelasherlevycohen.blogspot.com
[i] Face à une ampleur
incommensurable tout autant qu’effroyable des dégâts humains naturellement provoqués
par ce conflit armé meurtrier, face à cette horrible tragédie péniblement vécue
par la République démocratique du Congo, les commanditaires nécrophiles de
cette guerre épouvantable, ainsi que leurs bras armés et sous-fifres
sanguinaires, sont-ils indiscutablement des descendants naturels d’Adeptes de
la solution finale ? Sont-ils des héritiers légitimes de Nazis ? Sont-ils de
dignes légataires universels de Dracula des Carpates ?
[ii] L’Occident chrétien qui se gargarise d’être un îlot ‘‘démocratique’’ et ‘‘libéral’’, cède journellement du terrain en Europe avec la montée
fulgurante des mouvements ultranationalistes et des partis fascistes
d’extrême-droite dont l’idéologie politique se rapproche, comme par hasard, de
la vision de la Fédération de Russie dirigée par Vladimir Vladimirovitch Putin.
En Afrique, la lutte antiterroriste s’est doublement avérée un fiasco et un
leurre dans la mesure où ce phénomène est savamment manipulé par de puissants
intérêts politiques et gouvernementaux occidentaux en vue de contraindre les
États africains à leur céder gratuitement toutes les ressources stratégiques et
vitales du pays. En Europe, la défaite dorénavant actée de l’Organisation de
l’Alliance Atlantique Nord (OTAN) face à la Fédération de Russie dans le
conflit ukrainien a définitivement éloigné les perspectives de la ferme
mainmise de l’Occident sur les ressources stratégiques réellement détenues par
le pays de l’Ours.
[iii] La République
démocratique du Congo a porté plainte contre la compagnie américaine Apple. Celle-ci est fort connue
pour la fabrication des ordinateurs, portables, smartphones, tablettes et
microprocesseurs et autres composantes électroniques. Lire, à cet effet, https://information.tv5monde.com/afrique/rd-congo-pourquoi-kinshasa-attaque-en-justice-apple-2753573 .
[iv] Brésil, Russie, Inde,
Chine, Afrique du Sud.
[v] En tant que factions
armées qualifiées de terroristes par le pouvoir politique, administratif et
gouvernemental légitime de Kinshasa, le M23 et l’AFC (Alliance Fleuve Congo) qui ont sur
le terrain mutualisé leurs forces de frappe militaire, ont effectivement conquis
les chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu (Goma) et du Sud-Kivu (Bukavu).
[vi] Depuis l’investissement
tous azimuts de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du
Congo-Zaïre (AFDL) au sein des institutions nationales et l’infiltration des
soldats rwandais et ougandais dans les différentes forces armées par le truchement
du processus de ‘‘brassage’’, ‘‘mixage’’ et ‘‘intégration’’, la très grande majorité des cadres militaires de la
République démocratique du Congo (RDC) sont, en réalité, des soldats étrangers
émanant de pays limitrophes ou des États de la sous-région.
[vii] Qui dit BRICS, dit ‘‘République populaire de Chine’’ et ‘‘Fédération de Russie’’, deux États ennemis
réels des pays membres de l’OTAN et des USA dans le cadre du nouvel ordre
mondial.
[viii] L’administration Obama
(2012-2016) dont la politique étrangère est dirigée par Hillary Rodham Clinton.
[ix] Y compris le coltan.
[x] L’Alliance des États du
Sahel (AES) : le Niger, le Mali et le Burkina-Faso sont le fer de lance de la
coopération russo-africaine.





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