I Have A Dream : L’héritage de Martin Luther King 60 ans après le sermon de Lincoln Memorial
I Have A Dream
L’héritage de Martin Luther King 60 ans après le sermon
de Lincoln Memorial
Rêve fracassé ou changement dans la bonne
direction ?
‘‘Ils ont tué le rêveur mais pas le rêve !’’
Révérend Pasteur Jesse Louis Burns, dit Jesse Louis Jackson Sr
Par Joël Asher Lévy-Cohen *
Au 21e, tout comme au 20e siècle,
s’il existe un État dans l’univers terrestre qui a déclenché autant de passion
que de fascination, il serait tout à fait logique de mentionner le pays de
l’Oncle Sam. Ceci en raison de son histoire politique de libération du joug
colonial et de son système démocratique. En effet, celui-ci invente très accidentellement
le régime étatique de la ‘‘République’’ au moment où la planète tout
entière est dominée par des têtes couronnées ou monarchies. Il met résolument en
place un système politique et démocratique dont le fondement idéologique est, à
n’en pas douter, la liberté. Aussi met-il très rapidement en place un régime représentatif
qui s’articule autour des notions cardinales de concurrence et d’alternance au
plus haut sommet du pouvoir politique de l’État pour garantir sa stabilité
institutionnelle et sa cohésion en tant qu’entité nationale.
La passion et la fascination vouées au pays de l’Oncle
Sam résultent également de sa superpuissance militaire couplée à son gigantisme
industriel, d’une part. Cela est d’autant plus vrai que c’est bel et bien le
complexe militaro-industriel qui est le moteur de son économie. Et d’autre
part, elles dérivent de sa diversité ethnique et raciale. En effet, les
États-Unis d’Amérique symbolisent, à vrai dire, le monde entier dans leur
constitution sociologique, dans leur configuration ethnoculturelle. Ce qui
signifie en termes clairs que toutes les races de la planète et tous les peuples
de la terre y sont bel et bien représentés par des communautés humaines
d’ailleurs fortement massifiées. Par conséquent, s’il y a un mot qui pourrait
naturellement résumer cet état de fait, ce sont bel et bien les termes
kaléidoscope ou mosaïque qui, dans les circonstances, prévaudraient. Sans
doute, en raison de la variété culturelle qui se superpose à la diversité
ethnique et raciale.
Cependant, la représentativité ethnoculturelle et la
variété raciale qui caractérisent assurément le géant américain dans sa
composition sociologique, sont évidemment entachées par un mal profond. Elles
sont manifestement rongées par une pathologie pernicieuse, sournoise, laquelle remonte,
en réalité, à la racine même de la construction de ce pays bicentenaire. Il
s’agit effectivement du racisme en tant qu’idéologie de domination humaine fondée
intrinsèquement sur la suprématie d’une race, en l’occurrence blanche ou
caucasienne, visiblement portée à écraser dans son cheminement évolutif, tel un
rouleau compresseur, toutes les autres composantes humaines pour des
motivations non seulement subjectives mais purement illusoires. D’ailleurs
fortement ancré dans les habitus et schèmes de perception, celui-ci se nourrit
de l’injustice économique et de l’exclusion sociale.
C’est cette radiographie loufoque du pays de l’Oncle Sam qui
tend à chosifier l’être humain, plutôt à ignorer l’humanité. Cette radioscopie
tend à avilir cette créature divine, dans ce qu’elle a de plus précieux – à
savoir ‘‘la liberté et la vie’’ – que le Dr
Martin Luther King, a contribué à mettre en lumière. Il y a de cela 60 ans, ce prophète
des temps modernes n’a pas hésité à fustiger virulemment un système politique
et étatique qui étrangle impunément ses propres enfants, à stigmatiser un
régime aveugle qui écrase comme un ver de terre ses propres ressortissants. Ce grand
serviteur de l’Éternel Dieu Tout-Puissant n’a pas du tout hésité à bousculer
les certitudes, à réveiller les consciences endormies. Il n’a point hésité à
ressusciter les esprits ensevelis en vue de métamorphoser une société – [pourtant moderniste dans les faits]
– d’ailleurs fortement fossilisée par ses croyances et ses principes
irraisonnables en vue de la mettre immédiatement en marche forcée vers la
libération de l’âme humaine visiblement emprisonnée par les phantasmes et le
délire narcissique.
Depuis cette époque de l’activisme des droits civiques
des années cinquante et soixante, il est un fait que le visage des États-Unis
d’Amérique a beaucoup changé en profondeur. Ceci en raison de la volonté
politique des gouvernants au niveau fédéral de promouvoir tous azimuts une
société plus ouverte voire même plus tolérante. Conséquence immédiate : ‘‘les
minorités raciales et ethnoculturelles occupent, de nos jours, bon nombre de plus
hauts postes politico-administratifs’’. Celles-ci se distinguent également
sur les plans économique, social et culturel. Ce paysage profondément pluriel est,
d’ailleurs, très largement symbolisé par la présidence démocrate de Barack
Hussein Obama, d’origine kenyane, de par son père. Tout comme par ‘‘la
reine des talk show’’ Oprah Gail Winfrey.
Toutefois, si la ségrégation raciale a été effectivement
abolie dans le corpus législatif, il n’en reste pas moins que dans les faits,
le racisme et l’Apartheid de facto ont encore de beaux jours devant eux dans le
pays mythique de l’Oncle Sam. En effet, les relations interraciales sont
toujours marquées du sceau de la méfiance réciproque. Comme en témoigne l’affaire
Trayvvon Martin en Floride. Il s’agit de la fin tragique d’un jeune
africain-américain, apparemment assassiné au cours d’une soi-disant rixe verbale
ou altercation physique, en raison de la couleur de sa peau et de son faciès
par un vigile du nom de George Zimmerman. Au cours de ce procès pour meurtre,
lequel a vraiment suscité l’indignation et la mobilisation de l’opinion
publique, le jury essentiellement composé de femmes blanches a acquitté sans
autre forme de procès le meurtrier au motif que les preuves matérielles réellement
fournies par les forces policières d’ailleurs juge et partie dans cette douloureuse
affaire n’étaient pas assez suffisantes pour condamner à l’enfermement ledit assassin.
Par ailleurs, il arrive quelquefois que des tensions interraciales
pourtant injustifiables soient alimentées, c’est-à-dire provoquées
artificiellement voire même manipulées délibérément, par un certain nombre de puissants
intérêts tant politiques et sociaux qu’économiques et financiers. Toutes ces
convulsions sont manigancées dans le strict but de distraire – [uniquement] – la population
américaine Elles sont orchestrées dans le but de détourner son attention de
véritables enjeux nationaux. Comme en témoigne, d’ailleurs, le très médiatique
procès Orenthal James (OJ) Simpson destiné à maquiller l’implication immédiate,
à camoufler la responsabilité directe et évidente des États-Unis d’Amérique
dans l’indicible et horrible génocide au Rwanda en 1994. De ce fait, la
politique en tant qu’art de gouvernement de la Cité ou méthode d’administration
de la Collectivité publique n’est-elle pas, par essence, l’exploitation éhontée
des émotions populaires, en d’autres termes l’exploitation outrancière de
basses pulsions ?
Une chose est sûre et certaine, le Dr Martin
Luther King rêvait d’une société ouverte, tolérante et fraternelle fondée sur
le dialogue interculturel et la communication interraciale. Or, aux États-Unis
d’Amérique qui sont, par définition, un pays profondément multiethnique et multiracial,
un espace essentiellement multiculturel et multiconfessionnel, les diverses races
continuent toujours de se méfier réciproquement à l’image répulsive de la peste.
Tous ces agrégats humains continuent – malgré l’abolition de l’esclavagisme
négrier – de s’ignorer. Un sentiment profondément dicté par la peur – à
tort ou à raison (in)justifiée – de l’autre, son prochain. En raison de
cette méfiance perpétuelle et cette ignorance mutuelle, ce pays reste
fondamentalement coupé en strates sociologiques. En effet, les États-Unis
d’Amérique sont profondément divisés entre Riches et Pauvres. Ces deux couches
sociales sont animées par la même philosophie de spoliation. Les riches volent
les pauvres et inversement les pauvres volent les riches.
Donc, ces deux groupes sociaux refusent résolument de
s’entraider mutuellement. Ceci pour des raisons idéologiques, des vues
essentiellement matérialistes. Comme en témoigne, d’ailleurs, le débat très sournois
et très pernicieux sur la nécessaire refonte de la fiscalité et le judicieux programme
de l’assurance santé d’ailleurs promus par l’administration démocrate. Il
convient de souligner que ces deux projets politiques permettraient assurément de
resocialiser des pans entiers de la population évidemment laissés pour compte
par l’élite dirigeante. C’est-à-dire : ‘‘des groupes d’individus délibérément éjectés du spectre social ou des communautés
humaines [injustement] abandonnées sur le bord de la route par leurs
gouvernants’’.
Les États-Unis d’Amérique demeurent fortement divisés
entre races qui vivent continuellement de manière séparée. Ce qui revient à
dire que la coexistence ou la cohabitation interraciale relève en soi d’une vue
de l’esprit. En effet, chaque race, tout comme chaque ethnie, occupe un espace imaginaire
ou investit un univers géographique qu’elle revendique consciemment ou
inconsciemment. Dans la société postindustrielle américaine, autant les Blancs qui
occupaient jadis le centre-ville [au
début de l’ère industrielle] vivent aujourd’hui cloîtrés dans les campagnes
ou cités rurales, tout comme reclus dans les bourgades éloignées, autant les
minorités à la fois ethnoculturelles et raciales occupent les mégapoles et
investissent les banlieues périphériques d’agglomérations. Autant les Blancs
sont installés majoritairement dans les États du Centre et de l’Ouest du pays,
d’ailleurs moins peuplés et très favorables au fameux Grand Old Party (GOP) ou
parti républicain[i],
autant les minorités raciales et ethnoculturelles sont archi-concentrées dans la
très grande majorité des États populeux de l’Est du pays. Par nature, ceux-ci –
bien qu’ils soient réellement conservateurs ou progressistes – procèdent,
pour la plupart, de la grande révolution industrielle du 19e siècle.
Par ailleurs, en matière de paix sociale et d’harmonie interraciale,
de dialogue et de communication entre les diverses entités raciales qui vivent
réellement sur le territoire américain, ce qui doit normalement préoccuper le
plus de nos jours, c’est la montée en puissance des groupes d’extrême droite
favorables au ‘‘White Power[ii]’’. C’est l’accroissement exponentiel des milices armées
jusqu’aux dents dont la seule motivation ou l’unique finalité – le délire obsessionnel
et le phantasme criminel – est d’engager immédiatement ou de projeter le
pays dans une dynamique irréversible de guerre civile de type interracial. Il y
a effectivement dix ans de cela, tous ces pyromanes ou souffleurs de braises
rêvaient de porter directement atteinte à la vie physique du président
américain Barack Hussain Obama en raison de ses origines ethniques et raciales.
Cette vision on ne peut plus surréaliste trouve même immédiatement
écho au sein d’une classe politique et administrative ultraconservatrice,
plutôt revancharde. Celle-ci est, à vrai dire, véhiculée, ouvertement promue
par une élite partisane au sein de laquelle le langage politiquement correct a
été littéralement sacrifié au profit d’un discours cru qui fait une très large
place à des propos orduriers. Donc un langage farci d’insultes, un discours serti
de propos de bas étage, mâtiné de formules entièrement déplacées qu’une oreille
sensée, une personne civilisée et un être conscient ne peuvent plus se
permettre de gober, d’entendre ou d’écouter[iii].
En matière d’intégration socioéconomique, l’égalité des
droits demeure en réalité et toujours un rêve plus que lointain. L’égalité
entre les races, au même titre que l’égalité entre les sexes, reste, toujours,
un vain principe. C’est, à vrai dire, un vœu pieux. Les écarts des revenus
entre Blancs et Africains-américains ne se rétrécissent point. Ceux-ci ont même
substantiellement augmenté en raison de la récession économique. Cette crise a
manifestement exclu bon nombre de ressortissants des communautés
ethnoculturelles et des minorités raciales. Comme l’emploi est de plus en plus rare
à cause de la crise économique, le peu qu’il pourrait y en avoir, revient
automatiquement aux Blancs. Même à qualification égale avec un autre membre de communautés
ethnoculturelles visibles ou minorités raciales. Donc, la fameuse notion de
préférence raciale est dorénavant de rigueur ! Il y a lieu de noter que
c’est bel et bien l’administration fédérale du Républicain George Walker Bush Jr – et non celle du fantasque et
très coloré Donald John Trump Sr
qui a décidé de mettre un terme définitif à la fameuse politique de
discrimination positive. En effet, celle-ci favorisait naturellement les
minorités, quelles qu’elles soient, en matière d’emploi.
Dans le domaine social du logement, il y a beaucoup de
gens qui sont effectivement citoyens des États-Unis d’Amérique. Du moins sur
papier. Par contre, vu leur statut socioéconomique, ceux-ci ne vivent pas du
tout – [matériellement et moralement] – dans ce pays en tant que
citoyens en raison de la tiers-mondisation et de la bidonvilisation de certains
îlots hermétiquement fermés du pays. Ce sont, en vérité, des ‘‘sans rien’’.
En effet, ils n’ont pas de famille, d’emploi, de formation, d’éducation, de
logement, tout comme de logement décent tout court, etc. Bref, ils n’ont pas
véritablement de vie et d’existence.
Ces pans entiers de la population américaine vivent complètement
à l’écart d’un système tant soit peu discriminatoire. Ce régime d’Apartheid qui
ne dit vraiment pas son nom, les ignore constamment, continuellement, incessamment
sauf, bien entendu, pour les bâillonner, les contraindre, les exiler définitivement,
pour de bon, dans les différents centres d’enfermement disséminés à travers la très
vaste étendue du territoire national. Toutes ces personnes proviennent
essentiellement des minorités raciales visibles. Tous ces gens sont, en vérité,
majoritairement noirs, en outre de sexe masculin. Donc, des Africains-américains
mâles. Leur avenir est complètement bouché. Leur sort est déjà scellé par le
système en place. Ce qui fait que ceux-ci n’ont visiblement aucun espoir. Ils
n’ont évidemment aucune perspective dans la vie[iv].
Par ailleurs, lorsqu’il a été de force envoyé ad patres
par un assassin bestial en 1968, le Dr Martin Luther King avait déjà
embrassé d’autres causes sociales et humanistes que raciales. Lorsqu’il a été
abattu à Memphis dans le Tennessee, il y allait pour défendre les éboueurs en
grève autant qu’il était déjà sensible au sort des ouvriers de l’industrie
automobile et métallurgique. Son engagement était, par conséquent, beaucoup
plus socioéconomique. Il avait également commencé à dénoncer vertement la folie
meurtrière des États-Unis d’Amérique directement impliqués dans la guerre du
Vietnam.
Il est un fait que Barack Hussain Obama, en tant que locataire
de la Maison Blanche, lui a rendu un vibrant hommage et salué sa mémoire au
même lieu où celui-ci avait prononcé 50 ans plus tôt le fameux et historique ‘‘I
Have A Dream’’. D’autant plus que les deux hommes sont intimement,
intrinsèquement liés par le célèbre sermon du Mémorial Lincoln à Washington
prononcé en 1963 qui prédisait déjà une Amérique juste, solidaire et
fraternelle. En effet, le premier avait assurément rêvé, tandis que le second
est, en réalité, le résultat tangible de cette prémonition. Les deux acteurs sont
non seulement membres de la communauté africaine-américaine mais également Apôtres
de la paix (prix Nobel de la paix).
Toutefois, ce qui différencie profondément les deux
personnalités africaines-américaines, est que l’une est résolument anti-guerre
(Dr
Martin Luther King) et
l’autre est incontestablement pro-guerre (Barack
Hussein Obama)[v].
En effet, King fustigeait violemment la folie meurtrière des dirigeants
américains (le démocrate Lyndon
Baines Johnson) au Vietnam tandis que Obama qui n’est autre en réalité que
l’incarnation idéologique du président Ronald
Wilson Reagan, le va-t-en-guerre ou polémarque républicain – [dans
une version purement pasteurisée] –, s’inscrit tout droit dans cette
lignée martiale. Au nom de cette logique guerrière – tout autant meurtrière
– contre le terrorisme intégriste ou le fondamentalisme djihadiste ou islamiste,
ce messager de la paix qui, pourtant, fait la guerre, tue sans remords et même sans
broncher des victimes innocentes, de surcroît des tout jeunes enfants sans
défense, aussi bien au Pakistan ultraconservateur qu’en Afghanistan limitrophe
et arriéré. Pour se donner une bonne conscience, son administration gouvernementale
qualifie, d’ailleurs, non sans morgue ses bavures insensées et inhumaines de
victimes collatérales de la lutte antiterroriste.
Comme
quoi l’hypocrisie, le mensonge et la langue de bois qui font naturellement bon
ménage et forment déjà une équipe indissociable, ont encore de belles années en
politique !
http://www.youtube.com/watch?v=Lfw8yLNiyVo&hd=1
http://www.youtube.com/watch?v=HRIF4_WzU1w&hd=1
Joël Asher Lévy-Cohen
Journaliste indépendant
[i] Les
seules et uniques exceptions qui confirment, à n’en pas douter la règle, dans
l’Ouest du pays, sont les États progressistes de Californie, de Washington et
d’Oregon – dans une moindre proportion – qui sont, dans l’ensemble,
pluriethniques et multiraciaux.
[ii] Ces
entités qui rêvent d’une Amérique complètement nettoyée de ses différentes minorités
visibles constituent l’armature des soutiens de l’actuel locataire de la Maison
Blanche.
[iii] Sous
la présidence républicaine fantasque et ultra-colorée de Donald John Trump Sr,
le langage politique aux USA est devenu vulgaire. Ce qui témoigne réellement de
la grossièreté et de l’ignorance exécrable d’une société en perte de vitesse et
pourquoi pas d’une collectivité en voie de disparition.
[iv] C’est
ce régime de contrainte physique et moral qui, de nos jours, est injustement
appliqué aux migrants sous le fallacieux prétexte qu’ils sont principalement source
d’insécurité sur l’ensemble du territoire national (viol de femmes, drogue,
gangstérisme, terrorisme, abattage d’animaux de compagnie aux fins de
consommation, etc.).
[v] Les prochaines victimes expiatoires de la
politique vengeresse des États-Unis d’Amérique sous Barack Hussein Obama sont,
à n’en point douter, l’Iran et la Syrie, et ce après la Jamahiriya libyenne de
Mouammar-el-Kadhafi.
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